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Frontières et limites : pourquoi nous avons besoin des deux

12 oct.
4 min de lecture

Quel sujet important. Tant de livres ont été écrits à ce propos, avec de bons conseils et de moins bons. Et pourtant : les limites sont nécessaires.

Avant 1914, un voyageur pouvait traverser la plupart des frontières européennes sans montrer de passeport. Le passeport tel que nous le connaissons, ce document qu'il faut présenter pour être autorisé à passer, n'existait presque pas dans une grande partie du monde. C'est seulement après la Première Guerre mondiale, au nom de la sécurité, que les frontières se sont durcies et que les papiers sont devenus obligatoires.

Les frontières existent pour une raison. Elles protègent un peuple, un foyer, un mode de vie. Mais l'histoire montre avec quelle rapidité une frontière peut passer de la protection à la prison : certaines se ferment pour tenir le danger dehors, d'autres pour garder les gens dedans.


Une frontière avec un portail

Notre vie intérieure fonctionne de la même manière. Nous avons tous des frontières : ces lignes qui disent ceci est moi, ceci n'est pas moi, c'est ici que je m'arrête et que commence l'autre. Une limite saine n'est pas un mur. C'est une frontière avec un portail. Vous décidez qui entre, quand et pourquoi.

Mais beaucoup d'entre nous ont appris autre chose. Si vous avez grandi dans une maison où votre « non » était ignoré, ou où quelqu'un d'autre décidait de ce que vous ressentiez et de qui vous étiez, vos frontières intérieures ont été franchies encore et encore, sans votre permission. Certains réagissent en bâtissant des murs si hauts que plus personne n'entre. D'autres n'ont plus aucune frontière.


Carreaux sombres disposés en cercle autour d'une petite figure en trombone, utilisés dans un exercice sur les limites
Relation toxique et limites inappropriées

Quand il n'y a jamais eu de limite au départ

Quand un enfant subit des abus, surtout de la part de la personne qui prend soin de lui, comment est-il censé apprendre à poser des limites ? Un petit enfant voit son parent ou son soignant comme son point de référence, pour toute sa vie. Ils ont toujours raison, puisqu'il n'a personne d'autre à qui se mesurer.

Pensez à grandir avec un parent narcissique. Il n'y a aucune limite. Parent et enfant sont complètement fusionnels. Le parent ne franchit pas votre limite : il est déjà à l'intérieur, chaque jour, chaque seconde. Il devient très difficile de construire un soi qui vous appartienne, parce que vous vivez comme le prolongement de l'autre personne.


Carreaux rouges et noirs et anneaux gris autour d'une figure en trombone, exercice créatif sur l'espace personnel
Implication

Rendre visible l'invisible

Les limites sont invisibles, et c'est justement pour cela qu'il est si difficile de travailler avec elles. Dans mes séances, nous les rendons souvent visibles : avec des carreaux, de petites figures, une corde posée au sol, un dessin. Quand on voit où passe sa ligne, ou qu'on remarque qu'elle n'a jamais existé, quelque chose bouge.


Deux figures en trombone sur une tuile de montagne parmi des tuiles de paysage et de petites figures blanches, exercice sur les limites. Corde posée sur un parquet, marquant une limite personnelle autour des pieds d'une personne.
Exercices sur les limites

Commencer petit

Il est absolument nécessaire d'apprendre à poser des limites, un petit pas après l'autre. Et cela commence par s'aimer soi-même. Quand on ne s'aime pas, on laisse souvent les autres franchir nos lignes et nous blesser.

Alors commencez petit. D'abord, reconnaissez que vos limites sont faibles ou absentes. Reconnaissez que vous en avez besoin pour tenir à l'extérieur de votre espace intérieur les personnes qui font du mal.

Vous pouvez aussi avoir des limites différentes selon les personnes. Parfois, vous réagissez depuis la partie de vous qui a trois ans, celle qui a été blessée par des personnes censées prendre soin d'elle, par des amis ou par d'autres. Vous êtes touché(e), et soudain vous agissez comme cet enfant. Dans une autre situation, au travail par exemple, vous parvenez à poser une limite sans difficulté. La première étape est toujours de voir ce qui se passe. Une révélation. À partir de là, on peut avancer.

Quand le traumatisme lui-même a été traversé, l'étape suivante est de travailler sur des limites qui n'ont jamais existé ou qui sont fragiles. Si vous avez survécu à des abus (sexuels, émotionnels, physiques ou autres), vous avez besoin de retrouver votre voix. Votre « non ».


Dessin d'une clôture à poteaux autour d'un cœur entouré de barbelés et de trois bonshommes
Réclamez votre «NON»

Mon image à moi : une clôture de jardin

Mon image personnelle pour mes limites intérieures est une clôture de jardin.

Je ne vis plus dans une grande tour aux murs épais. Quand je suis assise dans un immense château, que je regarde quelqu'un approcher et que je relève mon pont-levis, personne ne peut me rendre visite ni même me voir. Et je n'ai aucune idée de l'endroit où se trouve « dehors ». Je suis seule.

J'ai donc décidé de construire un beau jardin intérieur dans mon cœur, entouré d'une petite clôture blanche qui dit : ceci est ma propriété. De là, je vois qui passe, et on peut me voir aussi. Si je le souhaite, je peux inviter quelqu'un à entrer pour une bonne tasse de thé ou un cappuccino. Et quand le moment est venu, je peux dire : « Merci beaucoup pour votre visite, mais maintenant, il est temps de partir. »


Dessin coloré d'un cœur et d'une figure couronnée assis dans un cercle vert clôturé, avec des bonshommes à l'extérieur
Visite d’un ami

Quand la clôture se brise

Un jour, quelqu'un a franchi de nouveau ma limite intérieure, celle que j'avais tant essayé de protéger. Ensuite, tout mon jardin était détruit. La clôture était brisée, et le petit portillon gisait piétiné à mes chevilles.

Après m'être remise, je me suis demandé ce que j'allais faire de ma clôture. Il faudrait replanter des fleurs, mais aussi une nouvelle clôture et un nouveau portillon. Et aussitôt, j'ai pensé : quelle merveille que Jésus soit un artisan, un charpentier. En un instant, Il a réparé les parties brisées de mon jardin. Et Il y a posé une nouvelle porte.

Waouh. Quelle bénédiction.


Le jardin intérieur
Le jardin intérieur

Un monde meilleur commence ici

Le monde serait tellement meilleur si nous agissions à partir de limites saines. De là, nous pouvons aimer les autres sans nous perdre nous-mêmes. Il y aura toujours des gens qui essaieront de franchir les limites, entre personnes, entre nations, en temps de guerre. Mais nous pouvons sortir de notre état de sidération, poser des limites pour nos propres vies, et vivre comme des versions saines de nous-mêmes.

Si vous n'avez jamais eu de clôture, ou si la vôtre s'est brisée il y a longtemps, vous n'êtes pas seul(e). Vous pouvez en construire une, un petit pas après l'autre.


Si vous souhaitez construire votre propre clôture, je serais ravi de vous accompagner dans cette démarche.



 
 
 

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